Super Héros Rosa Parks et Martin Luther King Jr. contre le racisme

Si nous avons décidé de présenter ce tandem, c’est pour montrer que toutes les actions contre l’injustice comptent, les petites comme les grandes. Il va falloir faire un petit détour historique et rapide pour mettre les choses en perspective. Voyez plutôt.

Les Etats-Unis se sont construits en réaction aux dérives et excès (notamment en matière de taxation) de la vieille Europe, l’Angleterre en particulier. En 1763, ce nouveau pays fait sa révolution, s’émancipe et se dote, en 1787, d’une Constitution qui va fortement inspirer les Lumières. C’est un modèle de coopération entre une cinquantaine de Pères Fondateurs de tous bords unis par un fort désir de liberté.

Toutefois, un pied après l’autre, cette vision se construit jusqu’à former la super-puissance actuelle, une puissance qui repose sur l’extermination des populations indiennes locales dès l’arrivée des pionniers, l’importation massive d’esclaves, puis l’accueil massif d’émigrants après chaque guerre, en même temps qu’une forte industrialisation basée sur l’exploitation des matières premières et du pétrole notamment.

La notion de supériorité d’une race sur une autre fait donc vraiment partie de l’histoire de ce pays. En 1808, l’esclavage est officiellement aboli mais continue : comment se passer d’une telle main d’oeuvre gratuite ? Dès 1820, un mouvement anti-esclavage se met en place pour venir en aide aux fugitifs des plantations avec un chemin de fer clandestin balisé de maisons prêtes à accueillir les malheureux... Un peu comme ceux qui accueillent les réfugiés en ce moment.

Entre 1861 et 1865, une dizaine d’états du Sud souhaitent se séparer du reste des Etats-Unis. C’est la guerre de Sécession, ou Guerre Civile. La victoire des Nordistes de l’Union affirme l’égalité pour tous. Mais les Sudistes ne l’entendent pas de cette oreille et mettent en place dans tous leurs états des lois sévères qui séparent les Blancs des Noirs : interdiction de voter, de marcher dans les mêmes jardins que les Blancs, de manger dans les mêmes restaurants, obligation de s’asseoir au fond des bus, violences physiques, salaires inégaux, etc.

Dans ce contexte de ségrégation, dès 1946 une loi pas trop contraignante par-ci, une autre par-là commencèrent à faire un peu vaciller cette injustice. De plus en plus de Noirs voulaient faire changer les choses en utilisant la désobéissance civile et la non-violence. Le Mouvement des Droits Civiques catalysait cet espoir de changement et tentait de faire connaître ce problème partout. Mais certains états du Sud furent particulièrement tenaces pour défendre leur ancien mode de vie, comme l’Alabama.

Un jour de 1955, à Montgomery (Alabama), en rentrant chez elle après sa journée de travail, la modeste couturière Rosa Parks, qui avait été formée à la non-violence, refusa de céder une fois de plus sa place de bus à un Blanc. Frappée, arrêtée, son procès démarra quatre jours plus tard et cet acte isolé, qui n’était évidemment pas le premier du genre, mit le feu aux poudres d’un énorme mouvement : la grève des bus de Montgomery. Pendant treize mois, les 17 000 habitants noirs de la ville ne prirent plus les bus, se rendirent au travail à pied ou en co-voiturage.

Le manque à gagner et le scandale firent plier les autorités et les lois furent changées progressivement, une après l’autre. L’action de Rosa Parks permit au jeune pasteur Martin Luther King Jr de prendre sa place comme chef de file du Mouvement des Droits Civiques. Orateur hors pair, visionnaire, pacifiste et d’une grande profondeur de vue, il avait mis sa vie au service de cette cause.

En 1963, la situation de la ville de Birmingham (toujours en Alabama) est explosive car la ségrégation y est particulièrement violente. Martin Luther King décide toutefois de s’y rendre et de braver l’interdiction de manifester. Emprisonné, on lui fait passer un article où des pasteurs s’offusquent qu’il veut trop de changements d’un coup et l’invitent à négocier patiemment plutôt qu’à désobéir... Le sang de Martin Luther King ne fait qu’un tour : il prend des notes en marge de l’article et les fait passer à son avocat, sans écho. Mais les exactions commises à l’encontre des Noirs se faisant de plus en plus cruelles et médiatisées, l’opinion publique gronde, les notes sont enfin publiées : ce sera la magnifique Lettre de la prison de Birmingham qui explique pourquoi on ne peut attendre face à l’injustice.

En 1964, Martin Luther King reçoit le prix Nobel de la Paix à l’âge de 39 ans. Il est assassiné quatre ans plus tard après avoir obtenu le droit de vote inconditionnel pour tous les citoyens noirs.


"Nous devons utiliser le temps de façon créatrice en sachant que le temps est toujours venu de bien faire", M. L. King Jr, Révolution non-violente, Payot.

Selma est un documentaire remarquable sur la bataille du droit de vote.


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